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Interview : Rencontre avec DFXX

Interview : CRCV

30 octobre 2014 Commentaire (0) Vues: 982 Interviews

Interview : Rencontre avec David Scherer, maquilleur d’effets spéciaux

Rencontre avec David Scherer, un maquilleur d’effets spéciaux made in France ou il exerce son art entre Strasbourg (sa ville natale) et Paris. Autodidacte et véritable passionné de cinéma de genre, il nous parle de son parcours atypique et de ses expériences.

 

MeltingMag :  Comment es-tu devenu maquilleur d’effets spéciaux ? Quel a été ton parcours ?

David Scherer : J’ai un parcours assez atypique , je n’ai pas fait d’école de maquillage en fait , mais j’ai toujours été un gros passionné de cinéma fantastique, après la fac j’ai voulu me diriger dans le cinéma, pas spécifiquement vers le maquillage SFX, mais je voulais faire un métier en rapport avec la création cinématographique… Ayant été fortement marqué par des films comme Poltergeist, Evil Dead ou Razorback, j’ai choisi les effets spéciaux de maquillages 🙂
A partir de là je me suis formé sur le tas en autodidacte et avec l’aide toutefois de conseils avisés de professionnels comme Jacques Olivier Molon, Fred Balmer ou Olivier Afonso… Ainsi j’ai pu commencer à développer mes propres méthodes et essayer de faire mon petit chemin…
« Je n’ai pas fais d’école de maquillage (…) je me suis formé sur le tas en autodidacte et avec l’aide toutefois de conseils avisés de professionnels »

MM : Tu es un grand fan de films de genre, quel style ou période apprécies-tu le plus ?

DS : En effet , je suis un assez gros fan de films de genre ! J’ai une préférence pour le cinéma fantastique des années 70/80, la meilleure période je trouve, j’aime autant « Hellraiser » de Clive Barker , que « La Sentinelle des Maudits » , « La Grande Menace » ou encore « Possession« …
Ce ne sont pas forcement des films avec une débauche d’effets spéciaux que je cherche mais plutôt des films atypiques, des histoires fortes, des atmosphères… Par exemple j’ai revu récemment en festival des films comme « Angel Heart » ou « The Devils » et je les trouve toujours aussi forts ! De vraies merveilles… Je me rappelle aussi d’une séance de « L’Enfant Miroir » de Philip Ridley qui m’a beaucoup marqué !
Mais mon genre de prédilection reste le cinéma italien des années 70, le Giallo en particulier !
Je ne pourrais tous les citer mais ça demeure une grande source d’inspiration pour moi, j’adore l’évolution du Giallo à travers les années, les prémices avec Mario Bava puis les travaux de Sergio Martino qui est un artisan que j’adore en passant par les fulgurances de Dario Argento ( je pourrais parler de Profondo Rosso ou de Opera pendant 2 heures ).
Et le grand Lucio Fulci bien entendu avec sa « Longue Nuit de l’Exorcisme » qui fut un choc cinématographique extrême pour moi… Ma collaboration avec mon bon ami François Gaillard repose sur cette passion du Giallo et de Lucio Fulci, nous nous en inspirons beaucoup, notamment lorsqu’on crée une séquence de meurtre et François ne rate jamais une occasion de rendre hommage à ce genre merveilleux… En fait ce que j’aime dans ce cinéma, c’est qu’il recèle des perles, en cela même un « mauvais » Giallo contiendra toujours une ou deux séquences incroyables et folles d’un point de vue cinématographique…
En amoureux du Giallo, je ne peux pas ne pas évoquer ma rencontre avec Helene Cattet et Bruno Forzani qui m’ont donné l’occasion de travailler sur leur dernier film « L’Etrange Couleur des Larmes de ton Corps » qui contient moult hommages et inspirations à ce genre… Pour moi certainement une de mes plus riches expériences techniques, mais aussi humaine !
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L’Étrange Couleur des Larmes de Ton Corps

MM : Que penses tu des effets spéciaux numériques ?

DS : J’aime bien l’utilisation du numérique quand elle complète un effet réel… Je ne suis pas spécialement un fan du tout numérique, je pense qu’il faut avoir des choses vivantes sur un plateau, ne serait-ce que pour les comédiens… Après, je ne peux nier les services rendus par le numérique et ça peut bien souvent aider à rattraper un effet live un peu bancal ou inabouti…

MM : Quel a été ton plus grand défi en terme de réalisation ?

DS : Chaque nouveau film est un défi en soit je dirais… Mais je citais « l’Etrange Couleur des Larmes de ton Corps » de Cattet/Forzani, il y avait beaucoup de défis sur ce film… Aussi bien des effets réels de blessures, de sang mais aussi des effets spéciaux sur des accessoires comme du faux verre… Hélène et Bruno ont une vision très précise de ce qu’ils veulent et ils souhaitaient réaliser un maximum de choses devant la caméra… J’ai adoré cette collaboration.
En règle générale, je suis vraiment heureux de tous les longs métrages sur lesquels j’ai œuvré, à une exception près…
Thanatomorphose de Eric Falardeau était un formidable défi en terme de quantité de prothèses et d’effets à fournir tandis qu’un film comme 8th Wonderland demandait des effets très discrets… « Horsehead » et « Chimères » ont aussi eu leur lots de défis tout comme deux courts métrages que j’ai quasiment tournés à la suite, « Noct » et « Blattaria« … En fait, je me rends compte que le point commun c’est l’envie du metteur en scène qui te pousse dans ces cas là, car ce sont souvent des projets avec des budgets modestes, mais sur tous ces projets, le travail et la passion du réalisateur ont permis de faire les choses biens et même plus encore… J’accorde énormément d’importance au coté humain, comme l’avait d’ailleurs souligné Fabrice Blin avec qui j’ai tourné son superbe Mandragore qui pourrait être un superbe hommage à la 4e dimension, je fonctionne à l’échange, quand le réalisateur te donne quelque chose, tu lui rends quelque chose à ton tour et ça fait avancer les choses… Après il arrive, heureusement rarement, que ça ne fonctionne pas du point de vue humain et là malheureusement je ne peux rien faire…
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« J’accorde énormément d’importance au coté humain, je fonctionne à l’échange, quand le réalisateur te donne quelque chose, tu lui rends quelque chose à ton tour et ça fait avancer les choses »

MM : Travailles-tu uniquement sur des projets horrifiques ?

DS : En fait je ne fais pas tant de films d’horreur que ça… Je fais pas mal de séries policières avec de petits effets et plutôt des films que je qualifierais d’atypiques… Je peux alterner un hommage giallesque comme Last Caress de mon camarade François Gaillard puis le fantastique et gothique « Horsehead » de Romain Basset, aller faire le thriller « Mirage » de Talal Selhami au Maroc et me retrouver en Inde comme dernièrement et tourner « Ludo » de Nikon & Q, un authentique film gore !
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Last Caress

naufrage

Naufrage

MM : Tu as participé au clip de Superbus « Whisper » ou encore aux saisons 3 et 4 de la série Hero Corp, peux-tu nous parler de ces expériences ?

DS : Sur le clip de Superbus, la demande était simple mais précise : il fallait que les membres du groupe soient transformés en créatures telles un mort vivant ou un loup garou, mais devaient rester reconnaissable pour le public et ne pas être trop effrayants…
Grâce à ce projet et à ma rencontre avec Alban Lenoir et Morgan Dalibert, j’ai pu me retrouver sur la saison 3 de Hero Corp où mon boulot a consisté à donner vie aux « bêtes », sortes de créatures pourrissantes qui parcourent la série et à poser une morsure qui évoluait au fil des épisodes sur l’adorable Etienne Fague qui joue MiqueOlivier Afonso avait crée le masque d’Hypnos qui apparaît dans le final du dernier épisode…
La saison 4 fut beaucoup plus compliquée car il y avait bien plus de travail… Mais sans spolier, je peux dire qu’il y a des personnages mutants, on en aperçoit dans le trailer comme cet homme avec un visage mi humain mi lézard, quelques créatures (rires) et même un ou deux effets sanglants…
Image de prévisualisation YouTube
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MM : Sur quels projets travailles-tu en ce moment ? Quelle est ton actualité ?

DS : En ce moment, il y a beaucoup de projets, je termine l’année avec des créatures et un très bel hommage à un classique de Franju… J’ai fini aussi un téléfilm et on va bientôt commencer quelques longs pour 2015 dont je ne peux pas encore trop parler… Également deux séries fantastiques qui ont la particularité de bénéficier de très bons scénarios (sisi ! rires)

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MM : Aurais-tu envie de fonder ta propre école d’effets spéciaux ?

DS : Absolument pas… Si j’étais dans une école, je ne serais plus sur les plateaux… Pour enseigner, il faut avoir été sur le terrain de longues années et je suis encore trop jeune dans le domaine pour prétendre à ça… De plus, je préfère toujours qu’on me dise « cette technique fonctionne bien parce que je l’ai pratiqué sur tel tournage » plutôt que  « cette technique marche parce qu’on me l’a montré comme ça en cours« …
En plus, je passerais mon temps à donner des listes de films à voir (rires). Il faut voir des films encore et encore, ça permet de se forger une cinéphilie et de faire fonctionner son imagination… Ça me rappelle qu’un jour,  je discutais avec une étudiante en maquillage de Roman Polanski et elle me demande tout d’un coup sur quel film il avait fait des effets spéciaux… (sic)
« Il faut voir des films encore et encore, ça permet de se forger une cinéphilie et de faire fonctionner son imagination »

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MM : Avec quel(s) réalisateur(s) rêverais-tu de travailler ?

DS : Réponse « gag » pour Jean-Marc Toussaint et Fabrice Blin : Sam Mendes
Plus sérieusement, j’adorerais faire un polar dans l’esprit de Police Python 357, un polar sombre…
Un grand merci David !
Retrouvez encore plus d’infos sur David Scherer ici : http://www.fxstudio.book.fr/

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