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1 octobre 2014 Commentaire (0) Vues: 991 Art & Design, Interviews

Interview : Rencontre avec Yan Lindingre rédacteur en chef de Fluide Glacial (entre autres !)

Yan Lindingre est un enfant du pays Lorrain, dessinateur et auteur de BD, il est aujourd’hui rédacteur en chef du magazine Fluide Glacial. Nous avons échangé avec lui sur son parcours, mais aussi sur le cinéma et la politique ! Le bonhomme n’a heureusement pas la langue dans sa poche, une personnalité forte et une interview qui sent la sueur, la bière…et les cochonneries !

 

MeltingMag : Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Yan Lindingre : J’étais un môme qui dessinait beaucoup… des châteaux forts avec scène de guerre, etc. Ce que dessinent les mômes, mais en beaucoup et en souvent. Mais j’ai suivi un cursus « normal » au lycée (math/physique), puis j’ai pris la tangente après le bac : Beaux Arts, ça s’appelait à l’époque. J’étais un lecteur d’Hara Kiri, Charlie Hebdo, Cavanna, Vuillemin… Toutes ces références dont on n’a pas trop le droit de parler dans une école d’art. Néanmoins, un prof clairvoyant et pas du tout ayatollah de l’art contemporain ou du graphic design m’a encouragé à me diriger vers le dessin d’humour. Je me suis empressé de ne pas suivre ses conseils. Vu de Metz, Paris semblait tellement loin avant Internet. Et le dessin d’humour ou dessin de presse, c’était à Paname. Par ailleurs, comme je n’avais pas un rond, je me suis orienté vers la facilité : j’ai fait graphiste, comme tout le monde. En sortant de l’école, j’ai bossé quelques années en freelance pour des boîtes de pub peuplées de débiles jouant aux Mad Men, mais version provinciaux bouseux incultes bêtes méchants et radins. Je me suis ensuite enfui au Luxembourg où je me suis occupé de la communication d’une boîte qui développait des projets d’économie solidaire. Puis vers l’âge de 30 ans, j’ai obtenu un poste de prof dans l’école d’art où j’avais été étudiant. Comme j’avais du temps à côté des cours, j’ai décidé de faire ce pourquoi à priori j’étais fait : du dessin d’humour. J’ai présenté mon travail à des journaux alternatifs, l’Echo des Savanes et Fluide Glacial… que je dirige à présent.

 

« un prof clairvoyant (…) m’a encouragé à me diriger vers le dessin d’humour. Je me suis empressé de ne pas suivre ses conseils »

 

MM : Peux-tu nous dire pourquoi tes personnages sont représentés avec un groin ? D’où vient cette inspiration ?

YL : J’adore le côté porcin des personnages. Le groin, ça annonce la couleur : il y aura du sang, de la sueur et de la bière, et au bout… des cochonneries. Mais à côté de mon élevage de petits cochons, je fais pas mal de scénarios.

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MM : Titine au Bistrot a été adaptée au théâtre par la compagnie Swirk, aimerais-tu un jour voir l’une de tes œuvres portée au grand écran ?

YL : C’est une question à laquelle n’importe quel dessinateur répond « oui » avec de petites étincelles dans les yeux… au début de sa carrière. Après quelques années, et après avoir vu défiler une vingtaine de mythomanes du « monde de la TV » (boîtes de prod pourries, boîtes de prod pas pourries qui font semblant de s’intéresser à toi alors qu’elles ont douze mille autres projets sur le feu, gros amateur qui joue au pro et qui ne trouve jamais les thunes pour réaliser ses rêves…), on déchante à tel point que quand un soi-disant producteur vous contacte, vous vous dites : ça y est, je vais encore perdre mon temps.

Mais une fois sur cent (pour les auteurs pas titulaires d’un blockbuster), ça marche et ça peut être très bien. À condition que la boite de prod ne dénature pas le projet. Ce qui fut le cas de 90% des dessinateurs que je connais et qui ont eu la « chance » de voir adapter leur BD au petit ou grand écran.

L’idéal, c’est Riad Sattouf à qui on propose de réaliser lui-même son premier film, et qui a fait un petit chef-d’œuvre d’humour. Je crois que dans ses premières strates, en bas de l’échelle, le monde du cinéma est peuplé de branques, de mythos et d’ordures (conf : Cinoche d’Alphonse Boudard).

 

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« Fluide Glaciale : c’est une aventure fortuite et géniale dans laquelle je prends énormément de plaisir »

 

MM : Parlons cinéma justement, tu as collaboré avec Julien/CDM sur The Zumbies, un genre très apprécié ces dernières années au cinéma comme à la télévision. Y a t-il un cinéma qui t’inspire ?

YL : Pour Zumbies, il a fallu que je travaille. Que je me documente. Je n’étais pas du tout un connaisseur de la culture Zombie. J’ai pris un vrai pied à me taper les Romero, des films comme Shaun of the Dead, mais aussi, les pires navetons comme Oasis of the zombies d’un certain Jesus Franco qui est ce que j’ai vu de plus con jusqu’à aujourd’hui. Cela dit, je suis certain que les passionnés pourront me recommander un truc qui touche encore plus le fond !

Pour Zumbies, nous avons été contactés Ju/CDM et moi par un « producteur » qui voulait tourner le film aux États-Unis avec Poison Ivy des Cramps (qu’il connaissait personnellement) comme actrice principale. Malheureusement pour nous, il s’agissait d’un dangereux mythomane. Heureusement pour nous, nous ne l’avons jamais pris au sérieux !

 

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MM : Aujourd’hui tu es rédacteur en chef de Fluide Glacial, comment s’est passée cette consécration ?

YL : Ça n’a pas du tout été une consécration, mais un choix de crise, si je puis dire. Un dessinateur de porcs lorrain ne se retrouve pas rédac chef d’un grand journal dans les « conditions normales de température et de pression ».

Pour la faire courte : un rédacteur en chef avait été recruté avant moi. Faisant face à une certaine hostilité des auteurs, il avait disparu dans la nature. Devant ce qui allait devenir rapidement un vaisseau fantôme, j’ai invité mes collègues à créer un comité de rédaction, ce que nous avons fait. Après quelques mois, et à la faveur du rachat de Flammarion (maison mère de Fluide Glacial) par Gallimard, il a été décidé qu’il fallait nommer un rédacteur en chef. Comme le comité de rédaction avait fondu comme neige au soleil, que j’en étais un des derniers membres et que j’étais motivé, voilà comment cela s’est passé. C’est une aventure fortuite et géniale dans laquelle je prends énormément de plaisir.

 

« Un humoriste normalement doit savoir saisir les tartuffes, leur grossir le trait »

MM : Côté politique, tu as interpellé Aurélie Filippetti, ex-ministre de la culture, dans une lettre ouverte,  et tu as récemment concocté avec Vacaro, un poster géant de François Hollande nu. Penses-tu qu’un auteur de BD se doit d’être engagé dans ce sens ?

YL : « Nous les humoristes », si vous me permettez cette emphase, nous sommes considérés comme des andouilles inoffensives. Mais il y a à la tête de notre pays des andouilles offensives. Il faut les brocarder, se moquer d’eux.

J’ai écouté Hollande parler de la finance durant sa campagne, j’en ai fait un dessin dans Siné Mensuel à l’époque où je racontais comment il allait tourner sa veste. Je l’appelais « président couille ». Il avait une tête de couille et faisait ce que tout bon socialiste au pouvoir a toujours fait à mi-mandat : retourner sa veste, gâter aveuglément le patronat et jouer le vilain gendarme pour rassurer les ploucs. Quant à Filipetti, c’est ce qu’elle a toujours fait depuis le début, le tournage de veste. Elle se dit de gauche, défend soi-disant la classe ouvrière, fait son trou chez les verts, puis rejoint la gauche caviar, et enfin ne démérite pas comme ministre de la culture ou on peut dire que son bilan équivaut à peu près à 0. Là où je la trouve particulièrement nulle, c’est quand elle répond aux auteurs (de BD) qui l’interpellent officiellement par un « tweet » du genre « Ouaich j’vois ça kan g l tps ».

Je ne supporte pas de voir ces pseudo-gauchistes, comme Montebourg, qui se contredisent à longueur de temps. Un humoriste normalement doit savoir saisir les tartuffes, leur grossir le trait. Filipetti, Montebourg sont des Tartuffes. Espérons qu’ils ne se reproduisent pas.

Mais soyons clairs, dans l’absolu, je suis à gauche. Je suis un libéral de gauche. Je pense qu’il faut savoir être entreprenant, courageux, mais qu’il faut partager sans rechigner.

Mon engagement va dans ce sens : le respect des libertés, mais aussi celui du bien commun, du service public, de la santé, de l’éducation. Par contre, qu’on coupe les vivres à l’art contemporain. Qu’elles apprennent à croûter comme les dessinateurs de BD toutes ces feignasses souffreteuses d’artistes subventionnés.

 

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MM : Penses-tu qu’aujourd’hui on puisse encore rire de tout ?

YL : Ce que je pense… Si on peut appeler ça penser. Je pense qu’aujourd’hui tout le monde se chie dans le froc. Je préférerais qu’on se pisse dans le froc. Comme vous voyez, ma pensée est surpuissante.

Des fois des gens me disent quand je m’en prends à Sarkozy, Morano (mes chouchous), que je mets Hollande à poil… : « Tu n’as pas peur d’aller en prison » ? La prison, cette bonne blague !

En France, on ne va pas en prison pour un dessin. Ça, c’est au Maroc ou en Iran. Il m’est arrivé en effet de devoir aller m’expliquer au commissariat, pour un dessin.

Quand un abruti se comporte comme un abruti, il se trouve qu’il ne supporte pas d’être représenté sous les traits d’un abruti. Mais quand l’abruti en question est vraiment très con, il porte plainte. Histoire que tout le monde sache bien qu’il a été représenté sous les traits d’un abruti (affublé d’un groin quand c’est par mes soins), que le dessinateur se présente au commissariat et que l’affaire soit classée.

MM : Si tu avais un conseil à donner aux jeunes qui veulent vivre de la BD, quel serait-il ?

YL : Je n’ai pas de conseils à donner aux jeunes. Que les jeunes se démerdent. Les jeunes aujourd’hui, quand ils veulent faire du Métal, leurs parents leur offrent guitare, ampli et coupe de cheveux. Ils leur payent des cours avec un prof qui les convoquent chaque trimestre pour le remettre un bulletin d’évaluation. J’exagère à peine. La BD, le rock, et contrairement au cinéma où 75% des acteurs sont des « fils de », ce sont des milieux de cogneurs.

Il faut bosser, cogner, rêver. De jeunes artistes qui y croient, ils n’ont pas besoin de conseils, et ils n’ont pas besoin de gagner d’argent. Quelques canettes de bière les nourrissent.

 

 

MM : Un grand merci !

 

YL : Mais de rien !

 Lien du magazine Fluide Glacial : http://www.fluideglacial.com/

 

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